Why is it so hard sometimes to teach our own children

Pourquoi est-il parfois si difficile d’apprendre à nos propres enfants ?

Être parent, c’est notamment apprendre à ses enfants à savoir faire : à marcher, à parler, à faire du vélo, à être poli, etc. Concernant le savoir académique, les apprentissages se font en grande partie à l’école. Or, lorsque nous vivons à l’étranger, nous nous retrouvons souvent à “faire le prof” pour nos chères tête blondes. Parce qu’ils sont à l’école américaine et que nous souhaitons qu’ils acquièrent des bases solides en français, pour les préparer à des examens, ou pour approfondir tel ou tel point du programme. Mais voilà, apprendre à nos propres enfants n’est toujours facile et parfois frustrant…

Pour comprendre pourquoi, en tant que parent, il est souvent difficile d’accompagner ses enfants dans leurs apprentissages, quel que soit leur âge, nous avons demandé conseil au Dr Christine Anzieu-Premmereur, psychologue et psychiatre française exerçant à New York depuis 17 ans, qui a accepté de nous donner des pistes de réflexion en réponse à nos interrogations de parents.

1- Accompagner les apprentissages des enfants d’âge préscolaire : développer le plaisir d’apprendre

Aline, maman française d’un petit garçon de 3 ans dont le papa est Américain s’interroge : “J’aimerais que mon enfant soit parfaitement à l’aise à l’oral dans les deux langues, connaisse l’alphabet et les couleurs pour son entrée en pre-K, comment m’y prendre ?”

Pour Christine, le plus important pour les enfants de moins de 5 ans est de stimuler par le jeu leur curiosité, leur créativité, leur inventivité et leur désir d’apprendre. En effet, cette curiosité fournira le terreau pour les apprentissages fondamentaux de l’école. De plus les interactions sociales au cours du jeu constituent une première adaptation à la réalité puisque l’enfant doit respecter les limites imposées par les autres.

Christine nous recommande également de répondre à toutes les questions de notre enfant, de satisfaire sa curiosité et ses demandes d’explication du monde qui l’entoure. N’hésitez pas, quand c’est possible à expérimenter ensemble pour trouver une réponse (faire geler de l’eau, fondre du chocolat, etc…).

Prendre le temps de développer cette curiosité, ce plaisir d’apprendre ne signifie pas pour autant qu’il faut supprimer toute activité “académique” ; il peut bien entendu apprendre à jouer d’un instrument de musique ou à parler une nouvelle langue, surtout s’il prend plaisir à cet apprentissage. Cependant, il est important de lui laisser du temps pour jouer et découvrir son environnement.

Nous sommes de nombreux parents à souhaiter équiper le plus tôt possible nos enfants, pour garantir  leur réussite professionnelle future ; néanmoins certains enfants peuvent ressentir cette pression de manière négative et cela peut freiner le développement  de leur envie d’apprendre, voire faire naître une angoisse vis à vis des apprentissages.

Avec du jeu, du rire, de la légèreté et beaucoup de patience les enfants auront plaisir à découvrir et apprendre ces couleurs, ces lettres ou cette autre langue que vous leur proposez. Nous avons la chance de vivre aux Etats-Unis, où le “fun” et le “plaisir d’apprendre” sont essentiels alors inspirons-nous en !

2- Accompagner les apprentissages des enfants à l’école élémentaire : trouver un équilibre entre rigueur et plaisir d’apprendre

Lucas est le papa de Léo, en CE1 :“Mon enfant refuse mon aide pour faire ses devoirs. Pourtant j’aimerais approfondir avec lui certains sujets, pour l’aider ou pour aller un peu plus loin que le programme de sa classe. Comment l’accompagner efficacement?”

Christine nous explique que peu d’enfants sont capables d’apprendre dans un but de performance, et que la plupart ont besoin de temps et de répétitions pour assimiler les connaissances et les savoir-faire enseignés en classe.

L’un de nos rôles en tant que parents est de leur communiquer l’idée qu’apprendre est un plaisir et que les apprentissages nous ouvrent de nouvelles perspectives, dans notre vie personnelle comme dans notre vie professionnelle.

Christine nous invite à encourager nos enfants à dépasser leurs limites dans les domaines artistique ou sportif, mais elle nous recommande de ne pas leur  demander de le faire pour les apprentissages scolaires. En effet, si l’on veut que l’enfant intègre les notions étudiées, puisse les réinvestir pour construire son propre système de pensée et acquérir des compétences nouvelles sur des bases solides, il faut tenir compte des capacités d’attention et d’assimilation de chaque enfant individuellement.

Cette assimilation des apprentissages passe par une discipline régulière, avec un travail quotidien de réinvestissement et de mise en application, tout en conservant un temps quotidien suffisant pour la détente et le jeu.

La clé semble donc de tenir compte des capacités d’attention et de concentration de votre enfant pour lui proposer des activités stimulantes, adaptées à son rythme, et de l’inciter à persévérer et à travailler régulièrement.

Pour Alix, maman de 2 filles de 7 et 5 ans scolarisées à l’école américaine, des difficultés sont apparues lorsque sa fille aînée est entrée en 1st grade l’an dernier : “Ma fille aînée aime l’école et obtient de bons résultats mais elle se braque lorsque j’essaie de travailler avec elle le programme français par correspondance. Que me conseillez-vous?”

Cette situation est très fréquente car pour un enfant travailler avec l’un de ses parents constitue un enjeu affectif conflictuel. Soit l’enfant veut absolument bien faire et peut ressentir l’angoisse de ne pas réussir et de nous décevoir, soit il peut “nous tester” et décider de ne pas s’investir pour éprouver nos limites. Dans les deux cas, le plaisir d’apprendre est absent, alors même qu’il devrait constituer le moteur de l’apprentissage. De plus, plus l’apprentissage semble nous tenir à cœur (s’il s’agit de notre langue maternelle, d’une activité que nous pratiquons ou aurions aimé pratiquer par exemples), plus le conflit peut devenir aigu.

Dans la plupart des cas, si l’enfant n’a pas de difficulté particulière, avoir recours à un tiers manifestant une aptitude à transmettre (tuteur, ado plus âgé, grand frère ou sœur…) constitue très souvent une solution efficace car elle permet de décharger la relation d’enseignement des enjeux émotionnels. N’hésitez donc pas à faire appel à un tuteur pour suivre l’enseignement en français, encadrer le travail à la maison ou initier votre enfant à la musique. La société actuelle nous investit, parfois un peu trop, du devoir d’éducation de nos enfants : avoir recours à l’aide d’un tiers ne doit pas être associé à un échec personnel (“je n’ai pas réussi à aider mon fils avec ses devoirs”). Alors pas de honte ni de sentiment d’abandon et réjouissez-vous d’avoir trouvé une solution qui apaise vos relations tout en permettant à vos enfants de prendre confiance en eux et de progresser à leur rythme.

Par ailleurs, si vous souhaitez transmettre la langue et la culture française sans avoir besoin d’une validation officielle du parcours académique de l’éducation nationale, vous pouvez imaginer de nombreuses activités autour de la lecture, du théâtre, de la danse, du chant, autant de moyens ludiques de pratiquer la langue et faire des découvertes avec votre enfant dans la bonne humeur et sans être confronté aux enjeux conflictuels du travail académique.

3- Accompagner les ado : la responsabilisation

Sandrine se confie : “Mon ado a du mal à s’organiser (préparation des affaires, planification des devoirs…). Comment l’aider à acquérir davantage d’autonomie sans tout faire à sa place?”

A cet âge, les conflits avec les parents autour de l’apprentissage sont normaux et, en cas de difficulté scolaire, les enjeux émotionnels étant encore plus aigus qu’à l’école élémentaire, il ne faut vraiment pas hésiter à faire appel à un tiers.

Par ailleurs, le plus important pour les ado est la responsabilisation : ils doivent prendre conscience que leur surplus de liberté s’accompagne de contraintes et que si les limites fixées ensemble sont dépassées, cela aura des conséquences. Cette responsabilisation prend effet aussi bien à l’école et les activités périscolaires, que dans la vie familiale.

Dans la mesure où cela ne les met pas en danger, il peut être bénéfique de laisser les ados faire des erreurs et en assumer les conséquences, par exemple s’il prépare ses affaires au dernier moment et oublie un classeur, ou si elle ne planifie pas ses devoirs et se retrouve à veiller tard pour tout terminer dans les temps.

Ce sont des expériences formatrices plus efficaces que si nous faisons et décidons tout à leur place.

Ainsi, quel que soit l’âge de nos enfants, transmettons-leur l’idée qu’apprendre est un plaisir et doit le rester toute la vie ! Ne leur imposons pas une pression excessive concernant les apprentissages scolaires, mais gardons à l’esprit que ce plaisir doit être associé à une discipline quotidienne pour permettre de tirer profit de nos apprentissages. Déculpabilisons lorsque nous avons l’impression d’être dans une impasse pour leur apprendre le français, les initier à la musique  ou les aider pour leurs devoirs : si l’enjeu émotionnel devient trop conflictuel, n’hésitons pas à confier l’accompagnement de nos enfants à un tiers, ce qui devrait suffire à rétablir des relations détendues et à assurer la réussite scolaire tant escomptée ! Sur MyTutorSpeaksFrench.com, vous trouverez des tuteurs et professeurs francophones qualifiés, sérieux et prêts à s’adapter à leur personnalité et à leurs besoins.

 

Un grand merci au Dr Christine Anzieu-Premmereur  pour nous avoir accordé cette interview, ainsi que pour sa disponibilité et ses précieux conseils.

Emmanuelle

Crédit photographique: dmitrimaruta@123RF

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